The Notre-Dame fire (French)

La propagation de l’information de l’incendie de la cathédrale de Notre-Dame-de-Paris du 15 avril 2019 a fait l’objet de plusieurs manipulations.

Un narratif terroriste est développé aux Etats-Unis, alors que la Russie et l’Europe de l’Est lient la décadence de la cathédrale à celle des valeurs européennes. En Europe centrale et occidentale, l’accent est mis sur les clivages sociétaux et religieux préexistants.

États-Unis : la menace terroriste

L’alt-right américaine a diffusé un narratif conspirationniste et terroriste à travers ses organes de presse (Infowars1…) et réseaux habituels sur Twitter. Des copies d’agences médiatiques ont été utilisées. Ces faux comptes cherchent à se faire passer pour des chaînes officielles d’informations telles que CNN et Fox News en usurpant leur logo, la mise en forme des titres, etc. Parmi leurs tweets, on peut citer : « Breaking News: Terror strikes again in Paris, France. Huge explosion reported at Notre-Dame Cathedral »2 ou encore : « Breaking: CNN can now confirm the Notre Dame fire was caused by an act of terrorism »3. Certains de ces comptes ont été signalés puis suspendus4.

Des comptes en langue anglaise ont également diffusé des vidéos manipulées de l’incendie auxquelles des fichiers audios avaient été greffés, superposant par exemple l’image à la voix d’un homme s’écriant « Allahu Akbar »5.

Russie : une manifestation de la décadence morale européenne

L’East Stratcom Taskforce (EST) du Service européen pour l’action extérieure (SEAE), qui surveille et analyse des sources de désinformation russe, identifie6 un narratif dépeignant une Europe chaotique et éloignée de ses valeurs traditionnelles.

Certaines sources affirment que l’incendie est une rétribution pour la tolérance et le mariage homosexuel en Europe, ou encore qu’il s’agirait d’une punition pour la France qui aurait aidé des nazis à prendre le pouvoir en Ukraine7. D’autres lient les récentes attaques envers des églises catholiques8 en France à l’incendie. Une analyse9 de l’EST explique cependant que les réactions négatives à ces posts ont été suffisamment fortes pour contraindre RT à modifier son article.

Europe : souligner les clivages sociétaux

En Europe, le narratif le plus répété accuse les populations musulmanes de se réjouir de l’incident.

En Allemagne, certains médias10 évoquent une guerre de religion moderne et vont jusqu’à faire l’hypothèse d’une attaque terroriste islamiste. Des médias tchèques comme Aeronet sont allés jusqu’à affirmer que l’incendie n’était qu’un rouage dans une vaste conspiration musulmane. Certains articles laissent supposer que l’incendie est une attaque organisée en représailles pour le récent attentat de Christchurch. D’autres affirment qu’une mosquée va être bâtie sur le site de la cathédrale.

En France, une photo authentique de l’incendie, à l’origine publiée sans légende par Sputnik France et montrant deux hommes souriants tournant le dos à Notre-Dame pour quitter le périmètre de sécurité, est rapidement devenue virale sur les réseaux sociaux lorsqu’elle a été reprise par des internautes et accompagnée de la légende trompeuse : « Deux musulmans rigolent en voyant la cathédrale Notre-Dame brûler ». Devant les réactions négatives du public, Sputnik France a assuré n’avoir eu aucune intention en publiant cette photo de l’incendie parmi d’autres.

Cas particulier : la manipulation de réactions d’utilisateurs

Une vidéo11 a été publiée le 15 avril 2019 sur Twitter par un militant identitaire français. Elle montre les réactions par l’emoji « rire » à un live Facebook de plusieurs utilisateurs, dont la plupart ont des noms à connotation d’Afrique du Nord ou du Moyen-Orient. La légende, « Et devinez qui se réjouit de l’incendie de #NotreDamedeParis », est trompeuse puisque seules les réactions sont clairement affichées sur la vidéo partagée, qui ne montre qu’une image partielle et non-titrée de la vidéo diffusée en live. On ne sait pas non plus quel média partage le live vidéo ni son origine ; rien n’indique qu’il s’agit d’un média français destiné à un public français. Surtout, il est difficile d’interpréter cette réaction (sens, renvoi), tout comme il est difficile d’interpréter une mention « j’aime ». De plus, il ne s’agit que d’environ 200 noms affichés sur plus de 1 300 « rires ». On pourrait aisément trouver autant de patronymes typiquement « français » associés à la réaction « rire », tout comme des noms à consonance similaire à ceux relevés par Rieu se trouvent parmi les réactions « tristes ». Au 25 avril12, la vidéo a reçu près de dix fois plus de likes que la moyenne des autres publications de l’auteur.